THE KOOPLES
Rock, romance et tailoring : chronique d’une silhouette à deux voix
2008 : naissance d’une marque à contre-courant
Lorsque The Kooples voit le jour en 2008, la mode traverse une période de transition. Le minimalisme des années 2000 s’essouffle, le streetwear commence à s’imposer, et le tailoring classique peine à séduire les jeunes générations. C’est dans ce contexte que les frères Alexandre Elicha, Laurent Elicha et Raphaël Elicha lancent une marque à l’identité immédiatement reconnaissable : sombre, rock, structurée et profondément narrative.

Le concept fondateur est simple et puissant : habiller les couples. The Kooples ne vend pas seulement des vêtements, mais une image, une histoire d’amour stylisée, capturée en noir et blanc. Dès ses premières campagnes, la marque met en scène de vrais couples, photographiés avec leurs prénoms et la durée de leur relation. Une idée forte, qui crée une connexion émotionnelle immédiate.
Une esthétique rock-tailoring
La signature The Kooples repose sur un équilibre subtil entre rigueur et désinvolture. Blazers cintrés, pantalons étroits, chemises impeccablement coupées, robes fluides, vestes en cuir : la marque revisite le vestiaire classique avec une touche rock britannique.
Les inspirations sont claires : la scène londonienne, les années 60-70, le glam rock, les silhouettes androgynes. La coupe est centrale. Le tailoring devient un terrain d’expression contemporaine, à la fois sexy et maîtrisé.

Ce qui distingue The Kooples, c’est sa capacité à créer un vestiaire mixte cohérent. Les collections homme et femme dialoguent en permanence, avec des codes partagés : noir dominant, imprimés discrets, détails métalliques, esprit nocturne. La marque construit ainsi une identité forte, presque cinématographique.
La philosophie : l’amour, le style et l’attitude
Au cœur de The Kooples, il y a une idée fondatrice : le couple comme unité stylistique. La mode devient un langage commun, une façon d’affirmer une complicité. Cette approche narrative est l’un des piliers de la marque.

Mais au-delà du concept marketing, The Kooples défend une philosophie plus large : celle d’un style affirmé, élégant sans être conventionnel, séduisant sans être ostentatoire. La marque s’adresse à une génération urbaine, créative, connectée à la musique et à la culture.
Le vêtement n’est pas décoratif, il est performatif. Il structure la silhouette, renforce la posture, affirme l’indépendance. Chez The Kooples, le noir n’est pas une absence de couleur : c’est une déclaration.
Une ascension rapide, une expansion internationale
Dès ses premières années, The Kooples connaît un succès fulgurant. Le réseau de boutiques se développe rapidement en France puis à l’international. L’identité visuelle forte, la cohérence stylistique et la stratégie de communication audacieuse séduisent.

La marque s’impose comme une alternative crédible aux maisons traditionnelles, tout en restant plus accessible que le luxe. Elle occupe un segment intermédiaire stratégique : premium, mais pas inaccessible.
Les campagnes en noir et blanc deviennent iconiques. The Kooples impose une esthétique immédiatement identifiable, rare dans le prêt-à-porter contemporain.
Les défis d’un marché en mutation
Comme beaucoup de marques premium nées dans les années 2000, The Kooples doit faire face à un environnement de plus en plus complexe : montée du e-commerce, concurrence du streetwear, évolution des attentes des consommateurs vers plus de responsabilité et de transparence.

La marque traverse des périodes d’ajustement stratégique, notamment après son rachat par le groupe chinois Shandong Ruyi en 2019. Cette nouvelle phase ouvre un chapitre différent, avec des enjeux d’expansion asiatique et de restructuration interne.
Le défi est clair : préserver l’ADN rock-tailoring tout en modernisant l’offre et la distribution.
Vers une nouvelle ère : repositionnement et durabilité
Aujourd’hui, The Kooples travaille à affiner son positionnement. Moins de dispersion, plus de cohérence. La marque renforce la qualité de ses pièces phares — costumes, vestes, cuir — tout en intégrant des matières plus responsables.

La question environnementale devient centrale. Comme l’ensemble du secteur, The Kooples doit repenser sa production, ses volumes, ses approvisionnements. La durabilité n’est plus un argument secondaire, mais un impératif stratégique.
En parallèle, la marque continue de capitaliser sur son univers esthétique. Les collaborations ponctuelles, les capsules et la mise en avant du tailoring contemporain permettent de réaffirmer son identité.
Perspectives d’avenir : entre héritage et modernité
L’avenir de The Kooples repose sur sa capacité à rester fidèle à son ADN tout en s’adaptant aux nouveaux usages. La génération actuelle recherche de l’authenticité, de la qualité, mais aussi du sens.
La marque possède un atout précieux : une identité claire, construite dès l’origine. Là où beaucoup de labels se cherchent, The Kooples sait qui elle est. Son enjeu n’est pas de se réinventer totalement, mais d’actualiser son discours.
Le tailoring revient sur le devant de la scène, réinterprété de manière plus décontractée. Cette tendance joue en faveur de la marque. Son savoir-faire en matière de coupe peut redevenir un argument central dans un marché saturé de silhouettes oversize.
Conclusion : la constance comme force
The Kooples incarne une certaine idée de la mode française contemporaine : structurée, narrative, légèrement mélancolique et profondément urbaine. Depuis 2008, la marque a su imposer une silhouette reconnaissable, oscillant entre romantisme noir et précision tailoring.

Dans un univers où les tendances changent à grande vitesse, The Kooples mise sur la cohérence. Son avenir dépendra de sa capacité à conjuguer son héritage rock avec les exigences d’une mode plus responsable et plus consciente.
Mais une chose demeure : le pouvoir d’un blazer parfaitement coupé, porté à deux, comme une signature partagée.