KENZO

Vous connaissez certainement la marque Kenzo pour ses divers parfums, ses campagnes de pub décalées et ses imprimés chatoyants; mais savez-vous qui se cache derrière ses pièces de créateur aussi

exotiques que coutures ? Pour en connaître la réponse il faut remonter à 1964, date d’arrivée à Paris de Kenzo Takada, futur créateur de Kenzo,

qui s’établit peu à peu en vendant ses croquis à des couturiers comme Louis Féraud. Son style, les coupes qu’ils proposent ainsi que les motifs orientalisant permettent à Kenzo Takada de se constituer un réseau avant le lancement de sa première collection parisienne en 1970. C’est au sein de sa première boutique située Galerie Vivienne dans le 2ème arrondissement de Paris, que Kenzo Takada propose ses premiers modèles sous son nom complet. C’est pourtant le nom Jungle Jap que nous retiendrons de cette époque, qui n’est autre que le nom de sa première boutique. Le thème de la jungle, du foisonnement de couleurs ne nous sont d’ailleurs pas étrangers et nous fait penser à la vidéo « Electric Jungle » de Kenzo pour le printemps-été 2013. Face au succès, Kenzo Takada décide de transformer son nom en Kenzo, qu’il juge plus graphique et plus percutant, l’aventure de la maison de mode débute alors, nous sommes en 1971.

Après 6 ans de patience, Kenzo met enfin en avant son talent et son style rafraîchissant, sorte de dialogue entre la culture nippone et la culture occidentale. Ce riche mélange, ses coupes contemporaines seront les principales signatures de Kenzo, dont les collections sont toujours poétiques et inventives. Manquant souvent de fonds pour ses collections, Kenzo appliquait le principe de récupération afin de créer des modèles inédits, comme des vêtements en patchwork ou des imprimés retravaillés à la main. Le voyage, le partage mais aussi la singularité guideront chacune de ses créations qui connaissent un fort engouement dès le déut des années 1980, notamment grâce à sa première collection pour hommes en 1983. Kenzo Takada crée des modèles fait pour les personnes qui vivent avec leur temps et ne sont pas effrayer d’avoir du style. Un style qui passe notamment par une explosion de couleurs, des coupes radicales mais également des matières fluides et légères. On reconnaît dès lors les pièces de Kenzo d’un seul coup d’oeil grâce notamment à cette capacité à détourner les codes de la culture nippone pour en livrer des pièces totalement occidentalisées. Loin de faire déshonneur à ses racines, Kenzo Takada fait de Kenzo un lieu de création libre où les frontières géographiques, anthropologiques voire ethniques ne comptent plus.

Le vêtement devient un nouveau langage à travers lequel Kenzo Takada s’exprime. C’est l’une des raisons pour lesquelles il sera récompensé en 1972, après 3 saisons seulement, par le prix du Fashion Club Editor. Il impose avant 1980, des créations atypiques qui laissent planer un brin de folie sur le monde de la mode qui s’ennuie. La maison Kenzo ne s’arrête pas à la création de vêtements et propose un véritable spectacle à chaque défilé comme en 1979, défilé durant lequel Kenzo occupe l’espace sous un chapiteau de cirque durant lequel il intervient à dos d’éléphant. La demesure n’est pourtant pas l’une des caractéristiques de la maison Kenzo, en revanche l’inventivité, la prouesse technique et l’effet de surprise sont toujours au rendez-vous. On retrouve également cette audace au sein des parfums de Kenzo qui lance sa première fragrance pour femmes en 1988, intitulée Kenzo de Kenzo. Un nom sobre qui ne laisse rien présager de la composition exotique et surprenante à base de mandarine et d’orange. Le succès est immédiat et les parfums d’orient se mêlent au design délicat de la bouteille en forme de fleur. Les senteurs sont aussi importantes que les imprimés pour Kenzo qui multiplient les parfums avec Parfum d’été en 1992, le Monde est beau en 1994, L’eau de Kenzo en 1996 et le célèbre Flower by Kenzo en 2000, qui sera son plus grand succès et un incontournable de la parfumerie mondiale.

En 1993, peu après le lancement de son second parfum, la marque japonaise se fait racheter par le groupe LVMH ce qui bouleverse un peu le rythme de cette maison de couture jusque-là très libre. Kenzo Takada décide de prendre sa retraite en 1999 tout en restant propriétaire du nom complet associé à la marque : Kenzo Takada. Pour l’occasion un défilé festif, très travaillé mettant en valeur toutes les caractéristiques et signatures de la maison Kenzo, a lieu. Ce départ signera un nouveau tournant dans l’histoire exceptionnelle de la maison japonaise avec la création en 2001 d’une collection de bijoux et de montres en argent, inspirée de la flore. Entre 2002 et 2008, les créateurs de Kenzo imaginent des pièces destinées à la maison, un art de vivre qui est fondamental dans la culture nippone. Le ligne Kenzo Maison voit le jour reprenant les codes visuels des collections de prêt-à-porter pour les retranscrire sur des coussins, des plaids dont l’imprimé floral restera le plus célèbre. Entre temps, Antonio Marras devient le directeur artistique de Kenzo en 2003 afin de reprendre les principes de création de Kenzo Takada, dont il se sent proche. Amateur de voyages, d’art, prônant les cultures et leurs métissages, Antonio Marras relance l’esprit Kenzo.

Spécialisé en broderie, Antonio Marras reprend l’effet «cousu main», cher à Kenzo Takada pour proposer des créations sophistiquées, élégantes où la couleur devient un matériau à part entière. Un luxe qui ne permet pas une production en nombre et qui renvoie aux premières heures de la maison Kenzo à la Galerie Vivienne. La boutique Place des Victoires à Paris subira également quelques modifications de la part d’Antonio Marras, qui prône le retour à la zen attitude insufflée par Kenzo Takada et cherche à rendre agréables et protecteurs tous les espaces de Kenzo. Les murs sont repeints en blanc, des motifs floraux sont réalisés en relief, la circulation devient plus aérienne et facile. Antonio Marras dira d’ailleurs qu’ «il s’agit d’être convivial et accueillant comme lorsque vous recevez des invités chez vous». Une intention louable que les futurs directeurs artistiques de Kenzo ont voulu conserver. Suite au départ d’Antonio Marras en 2011, Humberto Leon et Carol Lim, créateurs d’Opening Ceremony, se voient proposer les postes très convoités de directeurs artistiques de Kenzo. Ce changement va littéralement relancer la créativité, l’ingéniosité et l’audace de cette maison créée par Kenzo Takada près de 40 ans plus tôt.

Jeunes, productifs, inventifs, décalés, Leon et Lim ont donné une seconde vie à ce temple de la mode parisienne en conservant le côté culturel, ethnique et nippon des pièces créées, tout en apportant leur touche de folie, propre aux créations d’Opening Ceremony. Les motifs deviennent leur spécialité, les coupes sont ajustées, les collaborations avec des marques de choix telles que Vans ou New Era, pleuvent, faisant de Kenzo une marque incontournable. Quand on pense à Kenzo aujourd’hui on imagine les Classics Vans au motif dionysiaque, du défilé magistral réalisé dans l’Université de Jussieu à Paris ou encore la tête de tigre vu dans Tiger Fever, emblème de Kenzo en 2012. On pense également à la collaboration avec la marque de vernis Essie ou sublime défilé de la Samaritaine pour la collection automne-hiver 2013-2014, où le motif oeil a fait son apparition devenant le « it » motif de 2013. Humberto Leon et Carol Lim ont retrouvé l’essence même de la création de Kenzo Takada en livrant une mode accessible, fun, précise et furieusement colorée. Les motifs floraux, l’esprit « wild » et l’idée d’oeuvre totale sont respectés au point de nous demander si Lim et Leon ne serait pas finalement les plus digne descendants créatifs du génie japonais Kenzo Takada, créateur de Kenzo.